[Jds] Faire son proto et pas un protololo (en mode lol quoi)

Publié le par Varkarg

Haaa la création … c’est fou non ? De pouvoir pondre quelque chose, le sortir de son crane décharné (voir dérangé), et le mettre en route physiquement, devant les yeux émerveillés voire perplexes de votre entourage.

Dans le milieu du jeu de société, nous appelons ça un prototype (ou proto pour faire plus court et économiser de l’encre). Proto de party game, proto de kubenbois, proto de jeu de carte … la liste est longue (comme ma … non oubliez) et très diversifiée.

Dans la vie d’un gros joueur - et par là je n’entends pas un mec obèse mais plutôt un acheteur compulsif de jeux de société- à un moment on se rend compte qu’on est un fanboy, et que nous aussi, nous voulons montrer au monde notre vision de notre jeu, celui qui germe dans notre tête depuis des lustres. Tout cela pour quoi ? Sexe drogue et de l’argent bien sûr ! C’est bien connu, les auteurs et éditeurs de jeux de société rivalisent tous par leurs voitures à moteur V8 aussi puissantes qu’un tigre sous exta.

Ou pas.

Ils ne roulent pas sur l’or, mais c’est leur passion, leur truc. Et grand bien leur fasse. Car en effet, ils nous proposent du rêve ludique, de l’évasion et tout simplement, de nous divertir.

Mais avant d’en arriver à cette escalade vers la montagne de coke, il faut le faire le proto, le tester, puis ensuite bien plus tard, le proposer fébrilement à un éditeur (qui le remaniera sûrement de a à z, gloups de gloups).

C’est bien beau de dire tout ça Francis, mais ça nous mène où ?

Ah, pas dans mon cu* en tout cas ! =)

Sans blague, je vais un peu vous parler de mon cas, car pour un Yoann Levet (ndr : auteur de Myrmes), y’a plein de gens comme moi qui galèrent à pondre un truc qui déboite sa maman (et je n’arrive pas à trouver les chiffres du loto non plus, snif). Donc je vais vous énumérer mes peurs.

  • De la peur du plagiat.

Car oui, le copiage (vol ?) est un art très utilisé partout (bd, film, roman, jeux etc) et le jeu de société est tout aussi touché. Combien de versions pouraves d’Uno ou du jeu de petits chevaux thématisé j’ai pu voir … horreur, sodome et gomorrhe. Donc un effort est produit par le proto auteur, mais avec la masse de sortie de jeux de société par an, il est difficile de créer un truc que quelqu’un n'a pas déjà fait. Argh d’argh (environ plus de 900 sorties par an ! j’ai mal à mon portefeuille !)

  • De la peur de faire un random game

Il serait facile de faire un jeu avec une mécanique déjà bien connue avec un thème différent mais quel intérêt ? Certains essayent bien de changer un ou deux trucs histoire de noyer le poisson (noyer un poisson c’est débile comme phrase non ?) mais dans les faits, le jeu reste le même, et les consommateurs ne sont pas tous des cons so mateurs et certains arrivent vite à voir venir le caca et ne pas subir la frénésie de l’achat impulsif.

  • De la peur de la non réception du jeu par l’entourage

Tout le monde n’a pas un groupe de joueurs autour de soi, certains possèdent une asso. Ces derniers sont peut-être les mieux lotis, car si une personne tierce critique un proto (de manière constructive ou pas), c’est une chose, mais voir son « bébé » difforme et mal fait ce faire molester par son entourage (ami(e)s, mari, chien etc) est une chose qui peut faire mal, voire même pourquoi pas, à forcer à regarder Soda sur M6, c’est dire ! Bien sûr, l’honnêteté est importante, et si le proto est une bouse sans nom, il vaut mieux le savoir. Mais ce n’est pas agréable quand même, c’est votre bouse. Comme quand vous vous retournez pour tirer la chasse après un gros caca. C’est votre création, vous êtes fier (et impressionné que votre anus se soit dilaté pour faire sortir un monstro singe aussi gros !). Mais je m’égare visiblement.

  • De la peur de faire un proto en carton, littéralement

Et oui, pour faire un proto, il faut commencer par faire des cartes en papier, découper du carton d’une boite de chaussure pour les tokens ou encore piller les legos de votre chérubin (sans vergogne) par exemple. Ça fait partie du charme me direz-vous, mais moi, j’aime bien vendre du rêve, faire un truc propre de base histoire de faciliter la compréhension. Sauf qu’en temps qu’amateur, faire un truc correct ressemble à une mission dans un pays étranger, tout y est étrange, différent et difficile.

Certains possèdent des imprimantes 3d qui leur permettent d’avoir une représentation physique d’une figurine, ou d’autres pillent sans honte des anciens jeux de figurine (Confrontation et Warhammer par exemple pour ma part). Là encore, ça passe. Par contre, avoir des cartes en papier, c’est juste la misère ancestrale (avec de la neige dedans). Réflexe donc : plastifier tout cela avec des pochettes rigides.

  • De la peur de chronos

Et oui le temps est une donnée importante, et bientôt nous sentirons tous la main froide de Karthus sur notre épaule l’air de dire que « c’est le temps de déposer le bilan devant le grand barbu en haut ».

Mais avant d’en arriver là, nous avons un peu de temps hein ? Mais avec du travail dedans (quel honte !), des fêtes, du dodo et autres choses qui prennent du temps (plein). Il va donc falloir trouver le temps de faire sortir son proto et aussi ne pas avoir peur de le laisser dormir un peu, histoire de le ressortir frais ce qui m’amène à …

  • De la peur de l’oubli ou du « je recommence un autre truc »

De l’avis de plein d’auteurs pro, il est important de laisser un proto murir dans une armoire, le temps d’aplanir le bousin et de le reprendre plus tard, avec un regard neuf dessus. Moi personnellement, quand je crée, je crée vite et fort, avec puissance mais sans cadre quoi. Il faut arriver à maitriser cet afflux de données très importantes, les ordonner et les mettre en forme, et ça, c’est lou merde (accent Portugais). Certains y arrivent, d’autres non. Personnellement, quand je fais un proto, il reste dans sa pochette et tombe souvent dans l’oubli, et ça, c’est le mal les amis ! Car, quand avec courage et flegme, vous ouvrez votre pochette à proto, rien ne vous parle, vous voulez d’autre chose etc et vous partez sur un autre truc, laissant plein d’embryons de proto sans fin ; Ce n’est pas BIEN !

Et donc en conclusion Francis après ce pavé ?

Faites un proto dans l’optique de vous divertir, sans remord, prenez du plaisir à le faire, à galérer, mais ne partez pas dans l’idée qu’un éditeur va vous tomber dessus (ça peut faire mal selon le poids) pour le sortir, donc pas de coke. Mais surtout, allez jusqu’au bout et vous serez peut être le futur Bruno Cathala, c’est en tout cas tout le mal que je vous souhaite (et à moi aussi par la même occasion !)

Varkarg en mode auto persuasion.

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Motagirl 12/05/2014 21:11

Toutes tes peurs sont justifiées et c'est génial de les avoir dépassées ! Fière de toi ! :)